LE 01.06.2016
L’OIT prône des emplois de qualité pour réduire la pauvreté
(©Liaisons Sociales Quotidien)

« Il ne peut y avoir de réduction durable de la pauvreté sans travail décent », souligne l’Organisation internationale du travail (OIT) dans son rapport Emploi et questions sociales dans le monde publié le 18 mai. Ainsi, en observant que l’objectif de réduire d’ici 2030 la pauvreté sera difficilement atteignable, l’Organisation internationale formule une série de mesures pour parvenir à la création d’emplois « de qualité ».

 

Les progrès réalisés dans la réduction de la pauvreté dans le monde au cours des dernières décennies risquent d’être mis à mal par la pénurie d’emplois de qualité au niveau mondial, révèle un rapport de l’OIT Emploi et questions sociales dans le monde, publié le 18 mai. Soulignant un certain nombre d’obstacles (étroitesse de la base économique, inégalité croissante des revenus, cadre institutionnel faible) à la création d’emplois de qualité et à la réduction de la pauvreté, le rapport recommande notamment de renforcer les droits individuels et collectifs et d’améliorer l’efficacité des politiques sociales et de l’emploi.

Occuper un emploi ne constitue pas un rempart contre la pauvreté

Si la pauvreté a diminué dans la majorité des pays ces deux dernières décennies, cette avancée est toutefois inégale. L’Organisation internationale du travail observe ainsi que des améliorations ont été sensibles dans un certaine nombre d’entre eux, notamment en Chine et dans une bonne partie de l’Amérique latine. En revanche, la pauvreté a progressé dans les pays développés, notamment en Europe. Ainsi, la « pauvreté relative » (part dont le revenu est inférieur à 60 % de la médiane du revenu disponible équivalent) dans l’Union européenne, « assez stable » entre 2005 et 2008 (autour de 16,5 %), a, depuis, tendance à augmenter, passant de 16,8 % en 2012 à 17,2 % en 2014.
Selon le rapport, pour « éradiquer » durablement la pauvreté, « il va falloir renforcer la capacité des gens à subvenir à leurs propres besoins grâce à des emplois de qualité« . En effet, souligne le rapport, si près d’un tiers des habitants des pays émergents et en développement vivant dans la pauvreté est pourvu d’un emploi, ce dernier est de nature précaire (parfois non rémunéré, essentiellement peu qualifié et dépourvu de protection sociale). De plus, les deux tiers de ces emplois relèvent presque toujours d’activités agricoles peu productives. Dans les pays développés, le fait de travailler n’est pas non plus un rempart contre la pauvreté : « Plus de 80 % des travailleurs pauvres ont un emploi salarié ». Faute d’emplois décents en quantité suffisante, « il va être difficile pour les travailleurs pauvres d’améliorer leurs conditions de travail, d’avoir des perspectives de carrière et de s’affranchir de la pauvreté ».

Transformer l’emploi pour lutter contre la pauvreté

En l’absence de nouveaux progrès dans la création d’emplois de qualité, l’objectif d’élimination de la pauvreté à horizon 2030, tel que prévu par les Nations Unies dans ses Objectifs de développement durable (ODD) adoptés en septembre 2015, ne pourra être atteint. Ainsi, pour améliorer le développement du travail décent et la capacité des entreprises à créer des emplois de qualité, l’OIT propose notamment de :
– doper l’économie rurale non agricole et promouvoir la transition vers l’économie formelle pour assurer aux travailleurs l’accès à la protection sociale, à un salaire minimum et aux aides aux revenus et à l’emploi ;
– renforcer et faire respecter les droits. En effet, souligne l’OIT, « au niveau individuel, les gens doivent pouvoir choisir le type d’emploi qu’ils vont occuper et être en mesure de refuser des formes inacceptables de travail ». Au niveau collectif, ils doivent « défendre activement les mesures qui contribuent à soutenir leurs moyens de subsistances, comme le développement des compétences, les mesures de santé et de sécurité, la négociation collective, la protection sociale et la lutte contre la discrimination ». Le rapport recommande ainsi de consolider les normes internationales notamment celles relatives au travail familial non rémunéré et aux entreprises informelles et de renforcer la capacité des services d’inspection du travail ;
– créer un environnement propice aux organisations représentatives des employeurs et des travailleurs, en accordant « toute sa place » à la liberté syndicale. En effet, observe l’Organisation internationale du travail, « s’ils sont puissants », les partenaires sociaux peuvent renforcer les obligations des gouvernements à rendre compte sur leurs politiques. De plus, en ouvrant leur domaine d’actions « aux nouvelles formes de travail« , ils auront la possibilité de jouer un « rôle crucial » dans la conception des stratégies visant à « éradiquer » la pauvreté ;
– enfin, améliorer l’efficacité des politiques sociales et de l’emploi, notamment en renforçant le dialogue social, lequel peut permettre « d’élaborer et de mettre en oeuvre des politiques de façon à ce que les responsabilités soient partagées ».

 

 





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