LE 11.12.2014
XVe journée nationale FO Travail et handicap
La solidarité au quotidien

Force ouvrière a organisé le 9 décembre sa XVe journée « Travail et handicap ». 400 participants étaient réunis pour aborder les thématiques suivantes : Maladies et accidents, les conséquences sur le travail ; Accessibilité ; Milieu protégé/milieu ordinaire : le droit du travail, les passerelles, etc. ;  AESH (accompagnants des élèves en situation de handicap.

Journée nationale Travail et handicap

Journée nationale Travail et handicap

Les intervenants des 4 tables rondes de la journée organisé par le secteur confédéral du Handicap, sous la houlette d’Anne Balthazar, ont apporté leur éclairage sur ces questions. Jean-Claude Mailly a conclu la journée (voir vidéo en fin d’article).

Table ronde 1 : Maladies et accidents, les conséquences sur le travail

Deux invités ont apporté des témoignages très différents de la prise en considération de leur handicap par leur employeur.
Sandrine Simonnot, conductrice de ligne dans une chocolaterie et victime d’un lourd accident du travail, a ainsi fait part de toutes les difficultés rencontrées, tant d’un point de vue administratif que médical (la  médecine du  travail n’ayant pas dans ce cas joué son rôle de prescripteur d’aménagements de poste auprès de l’employeur) et plus encore professionnel, son statut n’étant pas reconnu. Une réelle souffrance physique et psychologique résultant de cette situation.
Gérard Valley, quant à lui, victime d’un cancer du nez puis de la gorge ayant abouti à une ablation totale du nez, indiquait qu’il avait bénéficié au sein de son entreprise d’une réelle considération de la part de sa hiérarchie, qui a déployé les efforts nécessaires à sa réinsertion dans les meilleures conditions.

Le Dr Jean-Marie Eber, venait parler du RESI (relais emploi santé insertion), dont il est président, et qu’il a créé en 1984 pour venir en aide aux salariés du travail temporaire qui éprouvent des difficultés à continuer ou a  trouver du travail lorsqu’ils se trouvent en situation de déficience de santé. Cette aide se traduit par des actions d’accompagnement, de conseil, et la mise en place d’ateliers pour venir en aide à ces personnes en situation de précarité.

Le Dr Agnès Martineau, médecin du travail chargée de la réinsertion en entreprise des salariés qui reviennent d’un arrêt avec des séquelles impactant leur métier, a rappelé les principes du secret médical, le rôle du médecin du travail, ainsi que les marches à suivre tant du côté du salarié (visite de pré-reprise, visite de reprise…) que du côté de l’employeur (le cas échéant, adaptation du poste de travail). Elle a par ailleurs insisté sur la nécessité pour le salarié concerné de faire une demande de RQTH, afin que toutes les aides et dispositions puissent être mise en oeuvre dans ce cadre.

Frédérique Yonnet, directrice d’un établissement de soins de suite et de réadaptation dédiée aux policiers, a témoigné de toute la détresse de ces agents de la Fonction publique, victimes de stigmatisations de la part du grand public d’une part et de mise au banc  de la part de leurs congénères (brimades, vexations, exclusion) lorsqu’ils sont en état de faiblesse physique ou victimes d’addiction. Cette profession dont les membres travaillent la peur chevillée au corps est arrivée à un point de crispation important.

Jean-Claude Delgenes, président du cabinet Technologia à l’initiative d’une étude sur le syndrome d’épuisement professionnel, a insisté sur l’importance de classer le burn-out comme maladie professionnelle, afin que les CHSCT puissent mener leur enquêtes, intervenir et agir, ce  qui ne peut être le cas dans le cadre d’une maladie ordinaire. « Il faut que les choses changent pour que les blessures invisibles ne laissent pas les gens sur le bas-côté. »

 

 Table ronde 2 : Accessibilité

Les invités présents à cette table ronde ont rappelé les principes de la loi de 2005, tout en regrettant que les échéances fixées ne soient pas respectées pour 2015. Claire-Lise Campion, sénatrice, à l’issue d’une grande concertation auprès  des acteurs concernés, a rédigé en 2013 un rapport énonçant une quarantaine de préconisations, dont la mise en place des ADAP et la relecture de la réglementation. L’adjoint au Défenseur des droits, Patrick Gohet, complète  ce propos en martelant que « l’accessibilité est la condition sine qua non de l’accès à la citoyenneté » : l’absence d’accessibilité est une forme flagrante de discrimination, et le handicap appelle la solidarité de la collectivité. Il souligne qu’en 10 ans, tous les décrets d’application n’ont pas été posés : cette loi de 2005 a été formulée alors même que les acteurs en question n’avaient pas été auditionnés sur leur capacité à la mettre en oeuvre dans les temps (l’échéance de la mise en oeuvre sur 10 années étant donc purement arbitraires).

Cyril Fouquet, déficient visuel et salarié de la préfecture maritime de Brest, a témoigné sur les problèmes de délai à mettre en oeuvre un poste adapté à son handicap évolutif. Il a indiqué l’importance d’être accompagné du délégué syndical FO de son entreprise, présent à tout moment à ses côtés pour faciliter au mieux ses démarches auprès de l’employeur. « L’accessibilité, c’est avant tout une question de mentalité et de connaissance de chacun. » 

Gilles Zanolin, présentait quand à  lui la politique handicap d’Orange, active en matière d’action en faveur de ses salariés handicapés, et notamment Ocara, outil d’auto-diagnostic d’accessibilité du parcours des collaborateurs, visant à générer un rapport qui permettra de négocier les travaux à prévoir pour une mise en accessibilité optimale.

 

Table ronde 3 : Milieu protégé/milieu ordinaire : droit du travail, passerelles…

Odile Menneteau, présidente de l’Agefiph, a rappelé le rôle de cet organisme. D’après elle, qui dit parcours professionnel, dit continuum. D’où la question de l’orientation : les personnes venant d’un organise protégé peuvent-elles réellement se retrouver en milieu ordinaire ? Elle souligne l’importance de la place et du rôle des programmes régionaux d’insertion pour créer des passerelles entre les différents milieux. Elle relève également l’implication des Cap emploi dans le placement de personnes handicapées en secteur privé ou milieu protégé. Le constat est lourd : l’année dernière, il n’y a eu que 34 passages de personnes d’ESAT à milieu ordinaire : c’est très peu. Ces deux mondes se connaissent peu, il y a des éléments à construire.

Véronique Bustreel, de l’Association des paralysés de France, relève que le grand public a une image dépréciative des ESAT et EA, et que cela crée un climat douloureux pour les personnels qui y travaillent. Elle indique le chiffre de 400 000 personnes au chômage qui seraient en situation de handicap. Il est absolument nécessaire de travailler à la sécurisation des parcours et d’accompagner ces personnes à  l’emploi.

Pierre Hoerter (président  d’ESAT) et Abdelkader Miliani (cadre éducatif dans un CRP) ont témoigné de l’importance de l’accompagnement des travailleurs handicapés. Il est nécessaire de  permettre à cette population, dont une partie est illettrée, d’accéder à l’éducation et aux diplômes d’une part, et à une inclusion sociale d’autre part. C’est la vocation des établissements pour lesquels ils travaillent tous les deux. Abdelkader Miliani insiste beaucoup sur le handicap invisible : beaucoup de personnes concernées vivent dans l’isolement : il est fondamental de savoir comment inclure (et pas seulement insérer) ces personnes en situation de handicap psychique. Comment inclure ces personnes si les conditions d’accessibilité ne sont pas remplies ?

Jean-Luc Tanchou, directeur de centre de rééducation, a appuyé ces témoignages en insistant sur la nécessité d’accompagner la personne également tout au long de sa vie sociale, de façon à faciliter sa réinsertion. Cela passe nécessairement par  des facilités d’accessibilité. Jean-Michel Gueblé renchérit en disant qu’ « il faut adapter le poste à la personne handicapée, et non l’inverse ».

 

Table ronde 4 : AESH (accompagnants des élèves en situation de handicap)

Les intervenants de cette table ronde ont rappelé la précarité de ces postes pourtant indispensables à l’accompagnement des enfants handicapés. Ouiza Boussala (AVS individuelle) et Norbert Trichard (de la FNECFP-FO) précisaient que les AVS ne peuvent légalement travailler plus de 24h par semaine, ce qui génère un salaire mensuel entre 600 et 800 €. Les AVS ne sont pas considérés par l’Education nationale : la majorité d’entre n’ont pas de NUMEN. Ils connaissent leurs écoles d’affectation (Ils travaillent souvent sur 2 écoles dans une même journée) et les élèves dont ils auront la charge la veille de la rentrée. Aucun matériel pédagogique, aucune place spécifique dans l’école, aucun remboursement de frais ne sont prévus. On peine donc à en trouver, et à  les retenir. Un sentiment de découragement émane de ces témoignages forts.

 

Conclusion

Jean-Claude Mailly a conclu cette journée par une allocution au cours de laquelle il n’a pas manqué d’énoncer les excellents résutats FO aux élections professionnelles de la Fonction publique.

 

 

 





FO-CADRES : https://www.fo-cadres.fr/wp
Scroll to