LE 05.02.2015
Intervention d’Eric Peres au Congrès confédéral FO

L’intégralité en vidéo de l’allocution d’Eric Peres, secrétaire général de FO-Cadres, au Congrès confédéral de Force Ouvrière.

 
« Mes chers camarades,

Je vous apporte le salut fraternel des cadres et ingénieurs FO, et tout particulièrement des camarades du Syndicat national des assurances, qui m’ont mandaté pour intervenir à cette tribune et voter le rapport d’activité du Secrétaire général ainsi que le rapport financier. Le rapport d’activité, mes chers camarades, présenté par le Secrétaire général, a de quoi nous rendre fiers : fiers des positions défendues par notre organisation et des succès remportés par celle-ci, à l’occasion notamment des élections professionnelles, et tout particulièrement dans la Fonction publique.
Oui, mes chers camarades, notre indépendance et notre liberté a su convaincre, mais elle nous a permis, et continue de nous permettre d’être sans concession face aux choix économiques austéritaires. Même si la situation de la France n’est pas comparable à la Grèce, force est de constater que c’est une seule et même conception de la pensée économique qui préside au choix de l’austérité, une politique dite de réformes structurelles qui vise à faire la part belle aux marchés financiers, aux multinationales, et à faire payer injustement aux salariés tout en démantelant les systèmes de protection collective. Et cette priorité est poursuivie par nos responsables politiques, non seulement en détournant massivement et sans contrepartie des fonds publics au profit des entreprises les quelque 40 milliards d’euros du pacte dit de responsabilité, mais en organisant également une dérégulation massive du marché du travail, via notamment les facilités ouvertes par les plans sociaux dans le cadre de l’accord de flexibilité de janvier 2013 ou encore les nouvelles dispositions inscrites dans le projet de loi Macron, des dispositions économiquement inefficaces et socialement destructrices, et dont même le Conseil d’Etat dénonce le manque de sérieux de l’étude d’impact.
Autant dire, mes chers camarades, qu’en dépit des drames sociaux qui se jouent sous nos yeux, la crise est pour les défenseurs d’un libéralisme économique une période propice pour réhabiliter les vertus de la déréglementation et des traitements de choc en tout genre, car en plus des salariés qui ont la chance d’avoir un travail, et de l’autre les chômeurs qui ont le malheur de ne pas en avoir, il y a le monde grandissant des petits boulots et de la précarité, le monde des travailleurs pauvres, des CDD, de l’intérim et du travail à temps partiel. Pour s’opposer, mes chers camarades, à cette implosion du marché du travail, à la remise en cause des droits sociaux, l’engagement syndical libre et indépendant est capital. Tout comme est capital notre attachement à la politique contractuelle et à la négociation collective pour améliorer les conditions des salariés, défendre et créer de nouveaux droits pour les salariés. Car, mes chers camarades, ils ne sont plus aussi nombreux les fervents défenseurs de la politique contractuelle, de la négociation collective et du paritarisme. Cela a été dit notamment par Jean-Claude : d’aucuns avec la complicité de certains issus du monde financier, voudraient bien enterrer le paritarisme et la pratique du salaire différé qui va avec et qui nous est chère, et poursuivre progressivement la privatisation de la protection sociale. Dans l’immédiat, mes chers camarades, ce combat nous aurons aussi à le mener une nouvelle fois pour préserver le système des retraites complémentaires. Nous aurons à réaffirmer nos positions sur ce dossier, comme nous l’avons toujours fait, en précisant que ce qui compte avant toute autre considération, c’est la préservation des droits de chaque salarié, cadre ou non cadre, à bénéficier d’une retraite complémentaire digne de ce nom, en rappelant que nos régimes ne sont pas en faillite mais qu’ils ne peuvent distribuer que ce qu’ils perçoivent. À défaut de ressources nouvelles et faute d’un chômage endémique qui réduit le montant des cotisations, il n’est point de salut. Aussi, nous savons que ce ne sont pas les bidouillages d’une réforme systémique qui régleront le problème du financement. La fusion Agirc-Arrco ne saurait à elle seule régler le problème du financement auquel sont confrontés nos régimes : deux déficits, mes chers camarades, n’ont jamais fait un excédent. Ce n’est pas plus d’ailleurs la mise en place d’un hypothétique régime unique qui offrira une solution. Le véritable enjeu, mes chers camarades, est et demeure celui du financement de la protection sociale, plus encore celui du retour de la croissance économique et de la création d’emplois. Autant dire, mes chers camarades, que sur ce dossier comme sur d’autres, notre force réside dans nos revendications et nos propositions. Elle réside également dans notre capacité à nous mobiliser, à organiser la mobilisation collective. Ce point, mes chers camarades, est essentiel : nous devons plus que jamais poursuivre le travail du développement qui a été engagé ces dernières années : nous devons poursuivre le développement sans lequel il est vain de penser que nous pourrons seuls inverser la tendance. De la force de nos implantations, de la progression de la syndicalisation, de notre capacité à partager nos positions au-delà de nos rangs dépendra la capacité à créer le rapport de force. Ce travail de syndicalisation, mes chers camarades, nous devons le poursuivre également en direction des cadres et des ingénieurs, dont il faut rappeler ici qu’ils sont des salariés à part entière, une part croissante du monde du travail. Cela autorise, mes chers camarades, à prendre de la distance avec les arguties ouvriéristes pour affirmer que les cadres et ingénieurs sont des salariés à part entière et non entièrement à part.
FO progresse chez les cadres, il ne faut pas se priver de le faire savoir mais il reste en effet encore beaucoup à faire, dans le privé comme dans le public. Qu’on se comprenne bien, mes chers camarades : ils ne s’agit pas là de privilégier les cadres aux autres salariés mais seulement de tenir compte des évolutions du monde du travail et des spécificités liées aux positions occupées par chacun et chacune dans les entreprises par la convergence des intérêts, et de construire le rapport de force indispensable pour faire aboutir nos positions. Minorer cet enjeu, mes chers camarades, serait dommageable pour notre organisation : c’est prendre le risque d’affaiblir nos implantations actuelles et nous priver d’implantations futures , plus grave encore : de tourner le dos aux aspirations de cadres, contraire à notre conception du syndicalisme ouvert sur la diversité du monde du travail.
Oui, c’est collectivement que nous devons progresser. Cet engagement en direction de ces salariés est essentiel pour renforcer nos sections, nos syndicats dans l’intérêt de tous les salariés, et notamment les plus fragiles d’entre eux. Oui, mes chers camarades, nous pouvons être fiers d’être à Force ouvrière, car nos revendications ne sont pas des compromissions et notre principe syndical est celui de la solidarité. Oui, mes chers camarades, nous devons continuer à nous battre pour défendre notre Sécurité sociale, nos écoles, nos universités, nos hôpitaux publics, nos Services publics ; continuer à nous battre pour défendre notre recherche, nos industries et nos emplois, pour défendre notre liberté de négocier, de nous organiser et de nous mobiliser. Et à affirmer haut et fort mes chers camarades que l’austérité n’est pas une fatalité.
Merci, mes chers camarades, et vive Force ouvrière. »

Eric Peres
Secrétaire général FO-Cadres
Tours, le 3 février 2015





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