Mesurer l’exposition réelle à l’intelligence artificielle
Le rapport propose une nouvelle approche pour évaluer l’exposition des métiers à l’intelligence artificielle. L’indicateur développé repose sur deux dimensions : ce que les modèles de langage peuvent théoriquement accomplir et les usages effectivement observés dans les activités professionnelles. Les données mobilisées croisent notamment la base américaine O*NET, qui recense les tâches associées à environ 800 professions, avec des données d’utilisation issues d’environnements professionnels.
Cette méthode vise à mesurer la part des tâches réellement couvertes par l’IA dans chaque métier. L’analyse distingue ainsi la capacité technique des outils et leur diffusion concrète dans les organisations. Les résultats indiquent que l’usage actuel reste nettement inférieur au potentiel théorique. Dans la catégorie « informatique et mathématiques », par exemple, les modèles pourraient théoriquement intervenir sur 94% des tâches, mais les usages observés couvrent actuellement 33% d’entre elles.
Des métiers particulièrement exposés
Certains métiers apparaissent plus concernés par l’utilisation de l’IA. Les programmeurs informatiques présentent le niveau d’exposition le plus élevé, avec 74,5% des tâches couvertes par l’indicateur d’exposition observée. Les agents de service client atteignent 70,1%, tandis que les opérateurs de saisie de données se situent à 67,1%. Les spécialistes des dossiers médicaux et les analystes en études de marché figurent également parmi les professions les plus exposées.
À l’inverse, environ 30% des travailleurs occupent des métiers pour lesquels aucune utilisation significative de ces outils n’est observée dans les données étudiées. Il s’agit notamment de professions reposant largement sur des tâches physiques ou de présence directe, comme certains métiers de la restauration, de la maintenance ou des services.
Profils des travailleurs concernés et évolution des embauches
Les travailleurs occupant les professions les plus exposées présentent des caractéristiques spécifiques. Ils sont plus souvent diplômés et mieux rémunérés que ceux exerçant dans les métiers peu exposés. Le revenu moyen y est supérieur de 47%. La proportion de titulaires d’un diplôme de troisième cycle atteint 17,4% dans les métiers les plus exposés, contre 4,5% dans les professions sans exposition observée.
L’analyse des trajectoires sur le marché du travail ne fait pas apparaître de hausse significative du chômage dans ces métiers depuis l’arrivée des outils d’IA générative. En revanche, l’étude relève un ralentissement des embauches chez les jeunes travailleurs. Le taux d’entrée dans un emploi pour les 22-25 ans dans les professions les plus exposées a diminué de 14% par rapport à 2022, tandis que les recrutements dans les métiers moins exposés restent globalement stables.
Le rapport (en anglais uniquement) : urlr.me/Q8R7rJ