Décarboner : une nouvelle frontière pour l’ingénierie

En 2024, la France a émis 404 mégatonnes de CO₂eq, principalement dans l’énergie, les transports, l’industrie et la construction. Ce sont précisément ces secteurs où interviennent massivement les ingénieurs. Pour y remédier -et si tant est que la France respecte la stratégie bas-carbone-, 32 000 emplois supplémentaires d’ingénieurs et de cadres pourraient être créés. Objectifs : rénovation énergétique des bâtiments, transformation des procédés industriels, déploiement d’infrastructures moins émettrices.

Les architectes et cadres du BTP (+7 600) ainsi que les cadres administratifs et financiers (+7 700) figurent parmi les profils les plus concernés, illustrant le fait que la décarbonation mobilise à la fois des compétences techniques, de pilotage et de financement.

Compétences vertes : l’expertise technique en première ligne

Les compétences vertes s’imposent de plus en plus. En 2024, 23 % des offres d’emploi cadre publiées sur le site de l'Apec pour des métiers stratégiques en exigeaient (contre 15 % en 2019). Dans l’ingénierie d’affaires industrielle ou le BTP, cette proportion atteint 39 %.

Les métiers verts au sens strict représentent 13 710 offres en 2024, soit 2,9 % de l’ensemble des offres cadre publiées sur 73 000 cadres du privé exercent aujourd’hui un métier à finalité environnementale, soit 1,7 % des cadres. Dans ces métiers, 42 % des candidats sont issus d’une école d’ingénieur.

Repenser les modèles : de l’industrie à l’économie circulaire

L’économie circulaire mobilise près de 4 200 entreprises de l’ESS engagées dans la préservation des ressources, le réemploi et la durabilité. Le taux de recyclage atteint 52 %, contre 48 % en 2010. Pour les ingénieurs, cela signifie concevoir des produits réparables, intégrer le réemploi dans la chaîne de valeur, dialoguer avec les collectivités et les éco-organismes. Le travail d’ingénierie ne s’arrête plus à la conception d’un objet : il s’étend à son cycle de vie complet.

Risque environnemental, énergie-eau, dépollution, agronomie : l’expertise scientifique et technique demeure structurante, mais elle s’accompagne désormais d’une maîtrise fine des normes, des dispositifs réglementaires et des logiques systémiques.

Vocations, reconversions et quête d’utilité

La transition écologique ne transforme pas seulement les entreprises : elle bouscule aussi les trajectoires professionnelles. 38 % des cadres du secteur privé déclarent vouloir changer d’entreprise et 7 % ont déjà engagé des démarches de reconversion. Dans le même temps, 55 % des cadres estiment que la transition écologique aura un impact important sur leur métier et 64 % souhaitent être formés sur le sujet. Quête de sens ou de cohérence avec leur éthique personnelle : les cadres et ingénieurs s’orientent de plus en plus vers des entreprises et postes correspondant à leurs valeurs. 

En ce 4 mars un constat s’impose : l’ingénierie du XXIe siècle ne se définit plus seulement par l’innovation technologique, mais par sa capacité à inscrire cette innovation dans une trajectoire soutenable. Les ingénieurs, aux côtés des cadres, se trouvent au cœur de cette équation.